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Covid-19 : L’aube d’une nouvelle conscience humaine ? Par Abdoullah Cissé

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Abdoullah Cissé

Habitant de la Terre


L’image satellite montrant l’évolution de l’atmosphère au-dessus de la Chine a fait le tour du monde. Après le rideau de fumée qui avait fini de faire partie du décor, le ciel commence à s’éclaircir montrant que les émissions de dioxyde de carbone commencent à se réduire de façon significative en raison notamment des mesures de confinement. Elles conduisent à la baisse de la production industrielle et donc de l’utilisation des énergies fossiles.

Depuis plusieurs décennies, se multiplient pourtant les signaux alarmants, tantôt faibles, tantôt forts, sur l’avenir de la vie sur Terre : l’impact des gaz à effet de serre sur le climat (réchauffement climatique) et l’état de la couche d’ozone de l’Antarctique ; les pollutions multiformes qui entament la qualité de l’air et la santé des populations. L’insuffisante mise en œuvre de réponses appropriées a fini par reléguer au second rang, des problèmes d’importance vitale au sens le plus fort du terme. Cette situation est encore perceptible dans le montage de certains grands projets d’investissement et les études d’impact environnemental y afférentes, des fusions-acquisitions entre producteurs de pesticides et industries pharmaceutiques, la prise en considération de l’intérêt des consommateurs dans
les normes alimentaires. Beaucoup de produits de consommation courante contiennent, sans communication suffisante, des perturbateurs endocriniens qui fragilisent l’équilibre de la vie humaine.

Un sourire de la Terre ?
Le Covid-19 est une vraie surprise en dépit des études prospectives. Perçu au départ comme la cause d’une grippe locale et saisonnière, il s’est propagé à une vitesse exponentielle jusqu’à poser ses marques sur toute l’étendue de notre planète-village. Le voilà qui attaque
sans discrimination et lance l’alarme pour réveiller au besoin quelques endormis. Aujourd’hui le virus progresse malgré les premiers efforts pour le contenir. Il a commencé son voyage planétaire en ciblant partout des symboles forts de la civilisation contemporaine : la puissance économique, la joie de vivre et les loisirs, l’innovation numérique, la passion religieuse, la démocratie, le travail, l’hospitalité généreuse, les industries, la science médicale etc. Sur son chemin, il s’en prend (avec ou sans discernement qui sait ?) aux personnels de santé, aux dignitaires, aux riches, aux moins nantis et aux anonymes …, bref aux humains. Et en plus, il circule au travers des humains, incognito et en silence.
A présent, il commence à faire jour et les esprits se réveillent. Le principe de précaution se découvre une nouvelle jouvence, la coopération et la concertation transcendent les clivages partisans, l’ordre public sanitaire reprend ses droits sur les considérations secondaires qui lui faisaient concurrence, les systèmes de gouvernance et les marchés financiers accueillent l’aide et la compassion inconditionnelles. Un recentrage extraordinaire est en train de s’opérer progressivement autour de la sacralité de la dignité humaine et par voie de conséquence, celle de la Terre dont elle n’est qu’une composante.
Les premières sages décisions commencent à voir le jour : la fermeture des lieux d’éducation et de formation, l’interdiction des manifestations sportives ou culturelles, l’interdiction de certains voyages notamment. Elles annoncent les grandes décisions : l’état d’urgence, les déclarations de guerre, le confinement généralisé ou l’immobilité volontaire et raisonnée.
Seuls les déplacements de survie, de santé et de sécurité devraient être maintenus, tout le reste suspendu jusqu’à nouvel ordre. C’est le temps de la réflexion sur les nouvelles stratégies
et tactiques pour se nourrir, se soigner, travailler à distance et sans contact, garantir la
rémunération des personnes qui télétravaillent ou qui ne parviendront pas à se déplacer pour travailler, s’assurer que face à la pénurie, les aliments soient dignement et équitablement partagés, faire évoluer avec pragmatisme les habitudes alimentaires en favorisant la consommation de produits locaux et sains.
C’est l’occasion de repenser notre rapport à la vie, à l’humain, à la Terre et à leurs places sur l’échelle du sacré. Le monde est déjà dans l’antichambre d’une crise systémique sans précédent. Les pertes financières peuvent être immenses mais elles restent dérisoires au regard des pertes humaines et des pertes d’opportunité de faire évoluer la conscience humaine. Dans cet exercice, un lâcher-prise s’impose pour faire émerger l’image la plus sublime de nous-mêmes et accueillir avec joie les nouveaux rayons de soleil. Dans cette attente, la Terre reprend doucement une respiration normale et sourit… Avec un sourire aussi irradiant, l’appel de la vie à la vie est si fort qu’il semble inviter à un sursaut de conscience…

Le Covid-19 : une alerte à la conscience humaine ?
« L’humanité en état d’urgence », c’est le sentiment que chacune ou chacun d’entre nous ressent lorsque la mort -qui est la force majeure par excellence- devient d’une probabilité si forte en raison d’un évènement non maitrisé qui la rend si proche de nous. L’Humanité est ainsi éprouvée dans son coeur, son esprit et sa chair ; elle n’a que le choix de résister pour se
renouveler. Dans certaines traditions anciennes, c’est lorsqu’on réalise en effet le caractère inévitable de notre propre mort qu’on parvient à s’élever et faire éclore l’Amour.
Aujourd’hui, il est important de se rappeler que l’ensemble des cerveaux des humains forme le cerveau de la Terre et qu’avec l’affaiblissement de la connexion avec elle, l’humanité se prive de sa précieuse boussole. Les sociétés humaines ont connu plusieurs niveaux de conscience durant leur évolution : des sociétés de survie et de dépendance aux sociétés
d’abondance et de savoir, elles ont vécu centrées sur elles-mêmes pour les besoins de l’apprentissage de la vie. Les différentes crises ont créé des sursauts de conscience importants et c’est ce voyage qui se poursuit.
Aujourd’hui, l’humanité est à la croisée des chemins et sa conscience une nouvelle fois -et non la dernière- interpellée. Elle a accédé à des savoirs scientifiques extraordinaires qui lui ont permis de créer énormément de richesses, de renforcer la dignité humaine en se reconnaissant l’essentiel des droits dont les membres de la famille humaine ont besoin. Mais
à ce tournant de son histoire, elle est invitée à se rappeler qu’au-delà son éminente dignité, elle n’est qu’un usufruitier de la terre, un possesseur temporaire des biens de la terre, une composante d’un tout, une cellule d’un corps avec lequel elle partage la même destinée : la connexion à l’Essence. Pour cela, elle se prépare à accueillir des droits sacrés d’un genre nouveau : les « droits de la Terre ». Figurent parmi ces droits, l’équilibre et la santé de
l’environnement en général, l’identité et l’intégrité de l’Eau dans ses différentes manifestations (marigots, puits, rivières, lacs, mers, océans etc.), des minéraux, des végétaux et des animaux. Il est possible d’en faire bon usage avec respect et bienveillance sans entrave notamment à l’action de la lune, du soleil et de l’air. Tel est le message de vérité inconditionnelle que transmet sur son passage le Covid-19 à l’Humanité. Elle ne vaincra pas le mal seulement avec des éléments extérieurs mais surtout avec la puissance de l’être qui vibre au sein de chaque humain. Elle en a la pleine capacité
et en le faisant, elle cristallisera un saut qualitatif qui fera date dans l’histoire de son évolution vers plus de conscience.

Plus d’amour pour devenir plus humain ?
Que l’on déclare l’état d’urgence, la guerre et/ou le confinement limité ou généralisé, c’est par et avec l’Amour que le virus sera vaincu : l’amour de la Terre, l’Amour de la Vie et du Vivant, l’Amour de l’Humain…l’Amour de l’Amour. Avec amour, organisons une résistance plus humaine, plus responsable, plus citoyenne, plus solidaire, plus intelligente, plus sage,
plus audacieuse et plus anticipatrice. En état d’urgence, seule une sur-priorité demeure : survivre c’est-à-dire surmonter l’épreuve pour continuer à Vivre avec davantage de conscience. Résister avec amour, c’est traiter la personne humaine où qu’elle soit en cet instant comme son propre ressortissant national afin que chacun(e) ne sente le besoin de retrouver les siens. La fermeture des frontières ne doit souffrir d’aucune dérogation. Nous ne sommes que des habitants de la Terre et chacun(e) est chez soi là où il/elle est. Les espaces publics comme les hôtels et les auberges doivent être préparés pour servir de centres de soin en cas de nécessité. Les personnes doivent inventer d’autres formes d’organisation sans regroupement, des cérémonies familiales ou religieuses ainsi que des pratiques cultuelles et des activités culturelles en plaçant la vie humaine au-dessus de toute autre considération car sans la vie, rien d’autre ne pourrait tenir. Durant cette période, les besoins essentiels d’importance vitale sont sacrés et doivent être protégés : l’eau, la nourriture, la santé, la sécurité, l’énergie et… l’internet. Devraient être sursis temporairement notamment les impôts, les charges sociales, les loyers, les remboursements de prêts bancaires ou financiers ; les allocations chômage ou bourses
familiales devraient être élargies, les entreprises équitablement soutenues, la distribution des produits de consommation courante et de produits d’entretien rationalisée. Résister avec amour, c’est commencer l’apprentissage et l’expérience de l’après-pandémie : apprendre à devenir plus humain en donnant plus de soi pour accéder à plus d’harmonie pour soi et pour les autres. Pour cela, une refondation du droit et de l’économie est incontournable, laquelle sera basée sur une nouvelle éthique de la responsabilité humaine, du partage équitable des richesses et d’un nouvel équilibre vivant entre la science et la conscience. Oui, une nouvelle éthique plus consensuelle et plus inclusive qui se nourrit de nos multiples expériences réussies dans tous les domaines tout au long de notre histoire. Les énormes réserves financières, publiques comme privées peuvent être mises au service des personnes qui en ont besoin ainsi que pour préserver la qualité de la vie sur terre, pour toutes et pour tous, sans discrimination aucune. Il ne s’agit pas de l’affaire exclusive des gouvernements mais de l’action à la fois cognitive, connective et collective de chaque habitant(e) de la Terre.

in Le Soleil, 23 mars 2020

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