POINT DE PRESSE : Convoqué de nouveau à la DIC, le colonel Abdourahim KEBE fait face à la presse.

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À l’entame de mon propos, je voudrais d’emblée remercier mes compatriotes au Sénégal et dans la diaspora, pour la solidarité agissante dans les épreuves qui m’ont été imposées immédiatement à l’issue des élections présidentielles, avec mon arrestation suivie d’une campagne de dénigrement orchestrée, indigne d’une démocratie civilisée.

La mobilisation générale qui a été observée est la marque de la volonté réaffirmée du peuple sénégalais de ne jamais cautionner l’injustice. C’est une vérité de La Palice tant cette affirmation en preuves abonde.

En fait, j’ai été inculpé de provocation directe à un attroupement armé à la suite d’une publication sur ma page facebook qui pourrait passer inaperçu si le Gouvernement avait su faire preuve de sérénité. Ce qui était loin d’être le cas avec un ministre qui s’est empressé de faire allusion à un coup d’état militaire.

Dans la foulée, le ministre des Forces armées de l’époque a fait parvenir à la presse une note de nature à brouiller les esprits. Il a mis à profit la large plage d’incertitude et d’interprétation dans l’application du devoir de réserve. Son document, très laconique par ailleurs, évoque la loi 2008-28 du 28 juillet 2008. Il stipule que les militaires à la retraite sont soumis à l’obligation de réserve jusqu’à l’âge de 65 ans. J’ai été sidéré par la légèreté des arguments fournis par le ministre de la république.

En effet, il n’y a qu’une seule loi qui restreint les libertés des militaires en activité et les assujettit pendant la durée de leur service, et c’est la loi 71-0024 du 6 mars 1971. La loi 2008-28 ne fait qu’étendre la durée de l’âge d’assujettissement de vingt (20) a soixante-cinq (65) ans. Il s’y ajoute qu’il faut un acte pour qu’il y ait assujettissement ; or je n’ai pas vu d’acte d’assujettissement. Conclusion : J’ai droit, comme tout citoyen non assujetti, à m’engager en politique et dans les actions citoyennes et cet engagement est irréversible.

C’est à ce titre que je soutiens activement le Mouvement AAR LI NU BOKK, un mouvement citoyen qui lutte pour l’intérêt général en demandant la transparence dans la gouvernance de nos ressources naturelles et financières. A travers sa démarche inédite, AAR LI NU BOKK est entrain de contribuer de façon décisive au développement du niveau de conscience de nos concitoyens.

Mon engagement citoyen n’est certainement pas pour plaire, ce qui me vaut une convocation qui m’a été remise hier, mercredi 3 juillet 2019 à 11 heures. Il m’est demandé de me présenter à la section de recherche de la gendarmerie nationale sise à la caserne Samba Diéry Diallo, à Colobane, le vendredi 05 juillet 2019 à 16 heures 00 tout en me suggérant de me faire assister par un avocat.

En bon citoyen respectueux de la justice, je vais déferrer à la convocation au jour et à l’heure indiqués.

Il conviendrait toutefois de ne plus me servir l’argument du “devoir de réserve”. Ce devoir ou obligation de réserve a pour unique objectif de garantir la neutralité et l’impartialité de l’administration et de ne pas nuire à son renom.  À ce titre, on peut certes comprendre les restrictions de liberté d’expression appliquées aux militaires en activité et à certains agents de la fonction publique. Cependant, il n’est pas pertinent de chercher à bâillonner un militaire à la retraite dont l’action n’engage plus l’administration.

C’est un manque de respect à ceux qui ont sacrifié l’essentiel de leur vie à respecter les fondamentaux identitaires des armées, contribuant ainsi, grâce à leur professionnalisme et leur loyauté sans failles aux institutions de la république, à la stabilité du pays. Cette inélégance républicaine renforce le sentiment que le militaire sénégalais en activité ou à la retraite est encore considéré comme un citoyen à part et non comme un citoyen à part entière. Il est temps que cela cesse et définitivement. C’est pourquoi j’interpelle les juristes et les organisations des droits de l’homme pour que soit mis fin a cette injustice qui veut que le militaire, quel que soit par ailleurs son rang, reste un sous-citoyen à sa retraite.

Une chose est claire : cet acharnement/harcèlement qui frise l’intimidation n’entamera en rien ma détermination à servir mon pays aux côtés du peuple ignoré, souffrant et victime de toutes les peurs.

Posté sur la page facebook du colonel Kebe le 08 juin 2019

« Il ne faut point que le courage de celui qui commande aux autres puisse être douteux” nous disait Fénelon. Ce conseil à l’intention des chefs militaires reste valable pour tout homme politique qui aspire à diriger un pays.

Dans une démocratie, le président de la république dirige et déroule le programme pour lequel il est élu et l’opposition s’oppose. Une opposition crédible ne doit pas être de salon. Elle doit exercer pleinement son rôle de sentinelle et d’alerte, en exprimant ses indignations légitimes non pas de manière passive, mais de façon bruyante.

À ce titre, Sonko et Cie sont dans le devoir.

Je les félicite et soutiens. »

Colonel Abdou Rahim KEBE

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